Je me disais que la question arriverait un jour, et je me la posais moi-même déjà en fait. La terrible tragédie de Newtown aux États-Unis relance le débat sur le lien entre la quantité d'armes en circulation, leur contrôle et l'incidence sur la criminalité avec les armes à feu.
Ces derniers jours, pleins d'opinions ont circulé, et je me disais bien que quelqu'un finirait par me demander: "Mais en Suisse, il y a beaucoup d'armes en circulation, qu'en est-il? N'est-ce pas un exemple que la quantité d'armes disponibles n'a pas de lien avec ce genre de tueries?"
Mettons les choses en perspective. Je suis arrivé en Suisse il y a un peu plus de six mois, et je ne peux certainement pas me proclamer expert en la matière. De ce que je constate, le tir au pistolet est un sport très populaire (c'est le sport national, en fait). Le service militaire quasi obligatoire fait que la presque totalité de la population masculine est initiée au maniement des armes à feu.
Par contre, j'ai cru comprendre que malgré le grand nombre d'armes en circulation, l'utilisation de celles-ci est très encadrée. La formation militaire est très rigoureuse, et l'acquisition d'armes est règlementée. Une fois que l'acquisition est autorisée, le port de l'arme ne l'est pas, autre permis. Je n'ai rencontré personne qui était armé (hormis les policiers!), seulement croisé des gens avec un étui, visiblement se dirigeant vers le champ de tir à proximité de mon lieu de travail. Les Suisses sont très disciplinés, et cette discipline se constate dans toutes les facettes de la vie ici, incluant le maniement des armes. La criminalité est très basse, mais pas inexistante. Sommes-nous à l'abri d'une telle tragédie ici? Sûrement pas, mais les risques sont minimes, à mon humble avis.
Cet été, au camp de jour qu'ont fréquenté mes garçons, le plus vieux a eu une sortie au champ de tir. Rien de plus normal pour un petit Suisse. Pareil comme d'aller aux glissades d'eau ou faire de l'hébertisme. Dans un contexte d'encadrement strict et à petite dose, la pratique est peut-être même bénéfique, elle conscientise aux dangers de la chose. Et Xavier n'a pas demandé une AK-47 au père Noël!
Je pense que toute comparaison avec les États-Unis ne tient pas la route: trop de différences au niveau de la culture, du niveau et du style de vie, de la mentalité, etc. J'ai de la difficulté à comprendre la base constitutionnelle américaine qui offre un droit pratiquement sans balise de porter une arme, basé sur le concept théorique qu'un gouvernement corrompu pourrait devoir être chassé du pouvoir par une action militaire civile. Je constate par contre qu'il sera extrêmement difficile de modifier ou restreindre ce droit qui est un des concepts de base de la fondation du pays. Obama aura du pain sur la planche, mais c'est son dernier mandat, il n'a plus rien a perdre. C'est une occasion de laisser un legs important à la société américaine (non, le port d'un fusil d'assaut ne devrait être ni normal, ni légal), mais aura-t-il les appuis nécessaires? Souhaitons-le.
Autre exemple que je trouvais douteux: ceux qui ont mentionné les 22 enfants blessés au couteau en Chine récemment, prétendant que l'exemple chinois indique que l'interdiction des armes a sans doute prévenu un massacre. Probable, mais il n'y a pas que les armes qui soient interdites en Chine. Le gouvernement fait beaucoup de ces "choix" pour le peuple chinois, et citer la Chine comme un modèle alors qu'on a affaire à un gouvernement quasi totalitaire me semble un peu exagéré. Je pense qu'on peut trouver de meilleurs exemples dans des pays plus démocratiques.
Finalement, ce que j'en pense? Que Newtown est une tragédie terrible, que je ne veux pas que mes enfants grandissent dans la crainte de subir un tel acte. Que l'accessibilité des armes, particulièrement des armes d'assaut, augmente la probabilité de tels événements. Qu'on devrait vivre dans une société où il n'est pas normal ni nécessaire de se promener dans la rue en étant armé. Que l'industrie de la peur a trop à gagner en convaincant les gens de se protéger de toutes sortes de façons. Qu'il est malheureusement normal pour un humain de vouloir se sentir en sécurité, et de prendre des mesures parfois... démesurées pour atteindre cet objectif. Que beaucoup de gens ont besoin d'aide et ne la trouvent pas. Et que peu importe les mesures prises, que ce soit pour les tueries ou les actes terroristes, le problème sera toujours le même: comment se protéger contre la personne qui, un beau matin, décide seule de commettre un acte irréparable? Aucune loi ne règlera ça complètement. Combattre le désespoir reste la meilleure garantie. C'est quand il n'y a plus d'espoir que l'irréparable devient la seule option.
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